#Mots-clés: Plus-value, Plus-value immobilière, cession, résidence principale, exonération, dépendances immédiates et nécessaires, terrain à bâtir
#Article du CGI/LPF: 150 U
La présente affaire porte sur l’application de l’exonération d’impôt sur le revenu de la plus-value issue de la cession de la résidence principale prévue au II de l’article 150 U du CGI. Elle pose la question de l’appréciation par le juge de l’impôt de la notion de dépendances immédiates et nécessaires de la résidence principale bénéficiant de cette exonération.
Selon les faits de l’espèce, une propriété familiale d’une superficie totale de 46 155 m2, comprenant deux maisons à usage d’habitation, une chapelle privée et un terrain attenant, a été cédée en 2017 par les indivisaires qui se sont prévalus de l’exonération d’impôt sur le revenu de la plus-value tirée de la cession de la résidence principale et de ses dépendances immédiates et nécessaires de l’article 150 U du CGI.
L’administration fiscale, considérant que seules les deux maisons d’habitation dans lesquelles résidaient la contribuable et ses sœurs à titre principal et leurs dépendances immédiates et nécessaires composées notamment des cours et voies d’accès pouvaient bénéficier de l’exonération de la plus-value prévue à l’article 150 U du CGI, a remis en cause l’application de l’exonération à la cession du surplus de la propriété vendu comme terrain à bâtir et des aménagements s’y trouvant et par voie de conséquence a assujetti l’intéressée, au titre de l’année 2017, à des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux assorties des pénalités correspondantes.
La contribuable a demandé au TA de Nice de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt ainsi mises à sa charge. Par un jugement du 18 juillet 2024, ce tribunal a rejeté sa demande. Par un arrêt du 6 novembre 2025, la CAA de Marseille a prononcé un non-lieu à statuer à hauteur d’un dégrèvement accordé en cours d’instance, annulé le jugement et déchargé la requérante des impositions restant en litige.
La ministre de l’Action et des Comptes publics s’est pourvue en cassation contre cet arrêt. Elle soutenait que la CAA de Marseille a insuffisamment motivé son arrêt, inexactement qualifié les faits soumis à son appréciation, dénaturé les pièces du dossier et commis une erreur de droit en jugeant que, pour l’application du II de l’article 150 U du CGI qui exonère d’impôt sur le revenu la plus-value tirée de la cession de la résidence principale du contribuable et de ses dépendances immédiates et nécessaires, la nature de terrain à bâtir du bien en litige était sans lien avec la qualification de « dépendances immédiates et nécessaires » au sens de cette disposition.
Le Conseil d’État, conformément aux conclusions du rapporteur public, rejette le pourvoi.
Il considère que la CAA n’a pas commis d’erreur de droit en jugeant que la qualification de terrain à bâtir retenue par l’administration fiscale pour la majeure partie de la propriété cédée n’excluait pas, par elle-même, celle de dépendance immédiate et nécessaire des deux maisons d’habitation, au sens du 3° du II de l’article 150 U du CGI.
Le Conseil d’État ajoute que la cour, pour juger que l’ensemble du terrain attenant aux deux maisons d’habitation en constituait la dépendance immédiate et nécessaire au sens de l’article 150 U du CGI s’est fondée notamment sur ce que les constructions et aménagements annexes implantés sur la propriété (bassin, chapelle, terrasse et court de tennis) avaient toujours fait l’objet d’une utilisation privative par elle et ses sœurs, que ces équipements étaient fonctionnellement liés aux maisons d’habitation et que les différents espaces verts faisaient également l’objet d’une utilisation privative à titre d’agrément, s’est livrée, par une décision suffisamment motivée, à une appréciation souveraine des pièces du dossier qui, en l’absence de dénaturation, n’est pas susceptible d’être discutée devant le juge de cassation.